Biographie Jutras Exilia



Biographie Jutras Exilia

MLLE EXILIA JUTRAS (1865-1881)
Elle est née à Saint-Zéphirin, le 13 mai 1865. Son adolescence se déroula entourée de ses parents, de deux frères Zéphirin et Hormisdas et de sa soeur Célina. Aujourd'hui, on peut visiter la maison familiale, construite par son père, en 1855, au Village québécois d'antan de Drummondville. Il s'agit de l'exibit no 13, maison B Jutras. Elle sert de boutique et de résidence à l’apothicaire.

Ses études se terminèrent d'une façon plutôt inattendue. Un jour, qu'elle revenait de l'école, nu-pieds comme elle aimait nous le rappeler, son père la pria d'aller «s'endimancher» et de se présenter au salon. Très intriguée, elle était loin de se douter qu'elle allait vivre le moment qui déciderait du sort de sa jeune vie. En effet, M. Albéric Blanchette sollicita l'honneur de la fréquenter les «bons soirs»; le jeudi et le dimanche. Il l'avait remarquée, disait-il, lors d'une visite qu'elle fit à sa parenté de Sainte-Brigitte. C'est ainsi, à quinze ans et demi, qu'Exilia passa de l'adolescence au monde des adultes. Elle m'avoua n'être pas retournée à l'école même pour annoncer la nouvelle à ses compagnes.

MME ALBÉRIC BLANCHETTE (1881-1898)
Après son mariage, le 18 octobre 1881, elle vécut avec son mari à Sainte-Brigitte; elle avait seize ans et Albéric vingt-deux ans. Ils étaient bien jeunes tous deux mais comme elle le disait dans ce temps-là, on ne se posait pas trop de questions. De cette union sont nés onze enfants dont quatre sont décédés en très bas âge. Le 11 novembre 1898, Exilia perdit son mari victime d'un accident. En plus d'être cultivateur, il était garde-chasse et c'est en parcourant les bois, à Saint-Joachim, qu'il fut atteint par un coup de fusil placé comme piège à ours. Il réussit tout de même à se traîner jusqu’au chemin passant à l’orée du bois. C’était ce même chemin qu’empruntait le postillon pour sa randonnée journalière. Il découvrit Albéric déjà très affaibli et juste à temps pour recueillir sa dernière volonté: celle d’accomplir sa promesse de faire chanter une grand-messe, en l’honneur de saint Antoine de Padoue, s’il était retrouvé vivant. Malheureusement, il était déjà mort lorsque les secours arrivèrent. Ma grand-mère restait seule, à trente-trois ans, avec sept enfants âgés de deux à seize ans.

Un dicton nous dit que le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ce fut peut-être vrai pour ma grand-mère. Lorsqu'elle assista aux funérailles d’Anna Lupien, épouse de Louis Girard, en juin 1900, elle déclara catégoriquement à la sortie de l'église à la personne qui l'accompagnait; cet homme-là, «je vais le marier». Et de fait, le 16 septembre 1901, elle se remariait à cet industriel copropriétaire, depuis 1883, du moulin à scie «Girard et Lupien» de Sainte-Brigitte. Les aînés de ses fils travaillaient déjà à ce moulin. Voilà donc Exilia qui prend un nouveau départ, mais cette fois avec Louis, ses sept enfants Blanchette et les trois enfants Lupien-Girard de son deuxième mari.

MME LOUIS GIRARD (1901-1918)
Sept enfants sont nés de cette union dont deux filles survivront. Berthe, ma mère, âgée de 91 ans, et Juliette, décédée le 26 mars 1997, à l’âge de 91 ans et 11 mois.

Évidemment, je n'ai pas connu ma grand-mère à ce moment-là, mais Berthe me confirme qu'elle dut faire preuve de beaucoup d'énergie et de doigté pour exercer un ferme contrôle sur ses enfants, réussir à harmoniser une vie familiale et créer l'esprit de bonne entente qui régnait dans la maison. Il nous suffit de rappeler le mariage de son fils Albéric Blanchette avec Hortense Girard, fille de Louis Girard. Les enfants de l’un comme de l’autre les désignaient comme «pâpâ» et maman. Il en était de même pour les parents Lupien ou Blanchette, ils étaient considérés comme oncle, tante, cousin ou cousine. Quand ma mère, Berthe, parlait de l’associé et beau-frère de son père, elle parlait de «mon oncle Philippe Lupien». Quand elle nous parlait de Mme Arthur Pinard, fille de Philippe, elle parlait de «sa cousine Yvonne».

Exilia était bien secondée pour la bonne tenue de la maison, la couture et les travaux de jardinage. Un certain temps, il y avait jusqu'à seize engagés au moulin à scie; pas surprenant que ses gâteaux, biscuits et tartes soient réputés.

Elle surveillait aussi l'éducation et l'instruction de ses filles et pour celles qui en eurent la possibilité, elles fréquentèrent le couvent de la Présentation de Drummondville. Anita, Christine et Berthe obtinrent leur diplôme d'institutrice. Quant aux garçons, par leur travail au moulin à scie, ils aidèrent leur beau-père à faire prospérer le patrimoine familial. Vu sa nombreuse famille, ma grand-mère développa des talents de guérisseuse et plus d’une fois, j'ai eu recours à son fameux «remède à plume» (remède de sa fabrication), qu'elle appliquait avec une plume de coq et qui guérissait les encoches aux mains, aux pieds ou aux genoux et même les feux sauvages. À ce remède miracle s’ajoutaient les frictions au liniment rouge pour soulager les excès de fièvre, le soufre mêlé avec de la mélasse pour nettoyer les intestins, les cataplasmes de graines de lin ou de moutarde, les potions calmantes de painkiller.

Elle aurait pu mener pendant de longues années encore une existence paisible, le sort en a décidé autrement. Sauf Henri, les aînés étaient mariés et son mari, alors âgé de soixante-sept ans, quittait son commerce de Sainte-Brigitte pour aller habiter à Saint-Félix-de-Kingsey. Louis Girard était propriétaire de la moitié indivise des lots de terre portant les numéros 13-B, 14 et 15-A au neuvième rang du canton de Kingsey. Déjà, depuis quelques années, Adolphe, sa famille et Henri y résidaient. Ces propriétés étaient situées à six milles du village, au 9e rang. Est-ce que Louis voulait installer un moulin à scie là-bas? Peut-être. Ses fils exploitaient les terres à bois de Saint-Félix et le bois était transporté à Sainte-Brigitte.

Un samedi, Louis fut écrasé par la roue d'eau du moulin à scie que l'on chargeait sur une voiture; on le transporta chez sa fille Marthe, épouse de Désiré Dionne de Sainte-Brigitte. Il décéda le lundi soir, un peu après minuit, le 13 août 1918. Pour la deuxième fois et en l'espace de moins de vingt ans, ma grand-mère perdait, comme elle disait, le père de ses enfants et pour une deuxième fois aussi elle était absente du lieu de l'accident, étant déjà installée, temporairement avec toute sa famille, dans la maison d’Adolphe à Saint-Félix.

À l'automne 1918, une épidémie de grippe (dite espagnole) causa de grands bouleversements en décimant plusieurs familles du Québec. Les effets désastreux de cette maladie n'épargnèrent guère la famille d'Exilia. Elle assista aux décès successifs de ses trois fils, sa bru et trois de ses petits-enfants. Ma grand-mère, étant elle-même atteinte, était confinée dans sa chambre et c'est au-travers de sa fenêtre qu'elle vit quelques-uns des siens morts, quitter sa maison. Elle me parla de l'aide charitable apportée à sa famille éprouvée par les deux filles de son deuxième voisin Amédée Dubois. Et pour ajouter au dramatique de la situation, elle racontait aussi qu’en ce temps de grande crise, c’était un membre de la famille qui devait fabriquer le cercueil pour un de ses proches mourants. Adolphe, l’aîné, s’employa donc à préparer celui de son frère Henri déjà à l’article de la mort et devant laquelle le Dr Brown demeurait impuissant. Le destin modifia le cours des événements et c’est Adolphe qui mourut le premier et fut enseveli dans le cercueil destiné à son frère. Le décès d’Henri survint deux jours plus tard.

Je me souviens d’un dimanche, en 1943, en se rendant chez oncle Zoël Parenteau et oncle Omer Girard à Danville, nous sommes passés à l’endroit où était survenu 25 ans plus tôt le drame qui a décimé une partie de notre famille. J’ai vu maman pleurer, papa essayer de retenir ses larmes, lorsque grand-mère nous racontait pour une xième fois, la voix remplie d’émotion, les détails de cette période catastrophique pour sa famille. Nous étions en face d’une grosse maison noircie par les intempéries des saisons. Cinquante-quatre ans plus tard, avec Yvette, le 17 juin 1997, nous avons tenté de retrouver la maison au 9e rang. Peine perdue! Ce n’est que récemment, en regardant des vieilles photos appartenant à des membres de la famille, que j’ai reconnu cette fameuse maison.

Le même jour, je me rendais au presbytère de Saint-Félix-de-Kingsey rencontrer Jacques Lemay, curé, et consulter les registres de la paroisse. Nous avons relevé, pour octobre et novembre 1918, les dates d’inhumation des membres de la famille de ma grand-mère.

Voici ci-après, la lecture des registres paroissiaux avec commentaires tirés des souvenirs de famille racontés par ma grand-mère, ma mère, ainsi que des écrits en ma possession, le tout confirmé par Mlle Berthe Dubois.

Décès des membres de la famille d’Exilia Jutras.

1- Marie-Anne, fille d’Adolphe Blanchette, née le 30 septembre 1918, sépulture le 3 octobre 1918. On me raconte qu’à cette période de la grippe, une naissance était suivie par le décès de l’enfant et de la mère. Il n’est pas certain que ce soit la cause du décès de ce bébé. Autrefois, plusieurs enfants mouraient à leur naissance ou en bas âge.

2- Paul, fils d’Adolphe Blanchette, né le 15 juin 1915, sépulture le 5 novembre 1918. Mlle Dubois me dit que Mme Girard avait voulu que ce jeune garçon de trois ans soit enseveli dans le coffre ayant servi au grand-père Louis Girard quand il partit pour Rome en 1870. Elle l’a vue enlever ses vêtements de zouave pontifical.

3- Adolphe Blanchette, fils d’Exilia Jutras, né le 28 août 1882, sépulture le 6 novembre 1918. 36 ans. Mlle Dubois me confirme qu’elle a entendu son père dire qu’il fallait sortir le cercueil par la fenêtre pour éviter que son épouse mourante le voit partir.

4- Henri Blanchette, fils d’Exilia Jutras, né le 5 août 1885, sépulture le 7 novembre 1918. 33 ans. (Confirmé par les souvenirs de famille).

5- Amanda Bourbeau, épouse d’Adolphe Blanchette, née le 28 août 1885, sépulture le 8 novembre 1918. 33 ans. Elle avait donné naissance à sa fille Marie-Anne le 30 septembre. Mlle Dubois me dit qu’ils étaient tous agenouillés autour de son lit récitant le chapelet quand elle rendit l’âme.

6- Laurent Blanchette, 8 ans, fils d’Adolphe Blanchette, sépulture le 9 novembre 1918. Cependant, dans le même registre, on indique que Laurent a été confirmé à Saint-Félix-de-Kingsey à l’âge de 8 ans, le 21 mai 1919. Le 25 août 1997, j’étais présent aux funérailles de Laurent Blanchette, en l’église Saint-Frédéric de Drummondville. Après vérification, je puis affirmer que c’est Joseph Victor Roger Blanchette, né le 9 avril 1914 et baptisé le 11 avril à Saint-Félix-de-Kingsey, qui a été inhumé ce jour-là. Mlle Dubois me dit: «J’ai vu mourir le petit Victor, j’étais à ses côtés avec ma mère ou ma sœur. Après une longue plainte, il est décédé. Ma mémoire reste marquée par ce souvenir. C’est le petit Victor et non Laurent qui fut inhumé ce jour-là».

Le 25 novembre 1918, Albéric, le survivant en sursis qu’on croyait sauvé, est le septième décès à venir endeuiller cette famille. Il est un autre, et je cite Mlle Dubois: «fils de cette belle femme intelligente et courageuse. Il décéda des suites de la grippe. Il avait subi une intervention chirurgicale à la résidence. J’étais dans la maison quand le Dr Brown, médecin militaire de Danville, l’opéra. Mon père Amédée l’assistait. On lui enleva une partie du poumon. J’ai vu, par l’entrebâillement de la porte, une grande mare de sang et un morceau de côte sur le plancher». Il laisse sa fille Lucienne, déjà orpheline de Hortense Girard, fille de Louis Girard. Lucienne, depuis le décès de sa mère, demeure avec sa grand-mère.

Au cours de cette période excessivement pénible que grand-mère a traversée en 1918 et qui a laissé des marques profondes dans l’âme des survivants, elle a pu compter sur l’aide de personnes généreuses et charitables, tels Amédée Dubois, Wilfrid Pinard et les membres de leur famille, pour ne nommer que ceux-là.

Après le décès de huit membres de sa famille, la même année (13 août 1918 - 25 novembre 1918), sans se laisser démoraliser, elle se tourne vers la réalité. Elle est, on l’oublie trop souvent quand on parle de nos ancêtres, de ces femmes (mères, épouses, enseignantes, religieuses, infirmières et autres) courageuses et dévouées qui ont assuré notre survivance en Amérique. Après avoir donné naissance à 18 enfants, adopté comme les siens les trois enfants de Louis, elle adopte légalement, devant notaire, le 10 décembre 1918, sa petite-fille Lucienne et elle place les enfants orphelins d’Adolphe et d’Amanda Bourbeau. Selon un écrit de ma mère et selon ce qui me fut raconté, Laurent fut placé chez Doria Dubé à Sainte-Perpétue (Mme Dubé était la sœur d’Amanda Bourbeau.). Édith fut placée chez M. Fredette de Saint-Félix et Annette chez M. Héroux. Selon Mlle Dubois, les épouses étaient les sœurs Chainey et elles étaient très charitables.

On retrouve les deux filles d’Adolphe, sur une photographie, à la page 87 d’un volume écrit par Daniel Descôteaux et intitulé «AUTOUR DU CLOCHER DE KINGSEY». Grand-mère raconte que plus tard, elle vint chercher Laurent à Sainte-Perpétue pour le placer à Nicolet.

MME BENJAMIN BÉLIVEAU (1919-1942)

En 1918, il n’était presque pas question d’automobile, d’électricité, rarement de téléphone et encore moins de service social. Les personnes devaient se débrouiller avec l’aide des parents, voisins et amis.

Exilia trouva tout de même du réconfort après ses malheurs lorsque Hormisdas, son frère, la ramena avec ses filles à Saint-Zéphirin où elle vécut jusqu’à son remariage.

Peu après son retour dans sa paroisse natale, elle fit la connaissance de celui qui deviendra son troisième compagnon, Benjamin Béliveau, qu’elle épousa le 13 décembre 1919. Benjamin, veuf avec six enfants adultes, demeurait à Baie-du-Febvre.

Qui prend mari, prend pays! Elle emménagea donc dans un rang de la Baie dit rang du «Pays Brûlé». Et en une deuxième occasion, le destin va réunir un de ses enfants à celui de son nouveau mari. Cette fois, c’est sa fille Floriane Blanchette qui épousera Omer Béliveau le 24 janvier 1921. Quand M. Béliveau décida de céder ses biens à son fils Ovila, ils vinrent s'installer sur une petite terre, à l'entrée du village de Sainte-Perpétue, vers les années 1921-1922.

Probablement pour des raisons de santé, «Pépère Béliveau», quelque temps avant sa mort, retourna vivre chez son fils Ovila. Pour Exilia, c'était son sixième déménagement. Elle en avait connu d'autres. Le décès de son troisième mari survint le 14 mai 1942. Après les funérailles, ma grand-mère choisit de venir demeurer en permanence chez sa fille Berthe et son gendre Arthur à Sainte-Perpétue. Elle en était alors à son septième et dernier déménagement.


Source: Clément Vincent, fils de Arthur Vincent et Berthe Girard, et petit-fils de Louis Girard et Exilia Jutras, en 1998


Mentions légales  |  Contactez-nous  |  Notre mission  |  Liens partenaires  |  Votre arbre généalogique

Copyright © NosOrigines.qc.ca 2025