Biographie Gendron Zenon-Octave



Biographie Gendron Zenon-Octave

Deuxième curé de St-Léon-le-Grand

Zénon Gendron, né le 8 janvier 1877 à St-Octave de Métis, fils de Regule Gendron, cultivateur et de Célina Pelletier. Fait ses études classiques au Petit Séminaire de Rimouski de 1893 à 1899 et ses études théologiques au Grand Séminaire de Rimouski de 1899 à 1903. Tonsuré le 27 août 1899, reçoit les ordres mineurs le 1er septembre 1901, les ordres majeurs le 7 et 14 septembres 1902. Ordonné prêtre le 6 juin 1903, par Son  Excellence Monseigneur André-Albert Blais. Nommé professeur au Séminaire de Rimouski le 15 août 1903 et assistant-curé de l'Isle-Verte le 13 septembre 1906, curé de St-Léon-le-Grand le 30 septembre 1908. Fait construire une magnifique Église en 1926, quitte la cure de St-Léon pour aller se faire soigner à l'Hôtel-Dieu de Québec où il meurt le 31 juillet 1932, et inhumé à St-Léon-le-Grand. (Extrait du livre du 75e de St-Léon-le-Grand, 1907-1982, page 98)


Le curé Labelle de la vallée de la Matapédia ?

Zénon-O. Gendron,

missionnaire et colonisateur, curé de St-Léon-le-Grand

Par Laurent Delaunay

 

Le curé Zénon Gendron, né le 8 janvier 1877 à St-Octave-de-Métis, devient le deuxième curé de la paroisse de St-Léon-le-Grand. Cette paroisse n'étant fondée que depuis une année, la tâche à accomplir était énorme pour le jeune prêtre. En effet, le 30 septembre 1908, le révérend Gendron reçoit sa lettre de mission qui lui abjure la cure de la jeune paroisse. Le travail ne manque pas, mais le jeune curé est doté d'un courage à toute épreuve et d'un dynamisme sans égal. Sous sa gouverne, la paroisse connaîtra une expension remarquable.

En plus de s'occuper de son ministère et de veiller aux bonnes moeurs de ses paroissiens, il caresse le rêve d'ouvrir d'autres missions aux alentours de son village. À son arrivée à St-Léon en 1908, Mgr André-Albert Blais le charge de desservir la mission qui porte le nom de Lac-Humqui. En septembre 1910, le curé Gendron célèbre la première messe dite dans la nouvelle chapelle-école. En 1911, le nom de Saint-Zénon est choisi par Mgr Blais comme patron de la paroisse en l'honneur de l'abbé Zénon Gendron. Il s'occupera de la mission du Lac-Humqui jusqu'à la nomination de l'abbé Georges Gagnon comme curé en 1918.

L'âme de missionnaire du curé Gendron le pousse vers une nouvelle mission. Plusieurs colons installés dans le canton Jetté pour fournir en bois les usines de sciages d'Amqui et de Lac-au-Saumon ne peuvent pratiquer leur religion à cause de leur éloignement. Mgr Blais mande le curé de se rendre de temps à autre dans ces chantiers pour dire la messe et libérer les âmes de leurs péchés. Avec le temps, d'autres colons viennent s'installer avec leurs familles, la population augmente et on veut plus de services religieux. Le curé Gendron reçoit un jour une lettre d'une dame du canton Jetté lui demandant d'ouvrir si possible une mission pour satisfaire à la demande. Il transmet la demande à son évêque qui lui répond par la lettre suivante:


Évêché de Rimouski, le 22 novembre 1918

      Au Révérend Monsieur A.-O. Gendron,

      Curé de St-Léon-le-Grand.

Mon cher Monsieur,

      Une dame du canton Jetté est venue m'exposer hier après-midi son vif désir de voir qu'une desserte, dans le canton Jetté, pût être organisée pour toutes les trois ou quatre semaines du mois au cours de l'année. Elle augure justement un grand encouragement donné en cela à l'oeuvre de la colonisation et de la formation d'une paroisse dans ce canton.

      Elle m'a dit qu'elle vous avait fait part de son projet; c'est pourquoi je viens vous prier aujourd'hui de me dire fidèlement, prudemment, discrètement, ce que vous pensez du succès de cette idée mise en pratique.

      Je n'ai pas de prêtre, vous le savez, et je ne prévois pas de sitôt que je puisse en disposer dans l'abondance de la richesse des dons de Dieu. Ainsi vous connaissez toutes mes dispositions, vous connaissez également et pleinement le projet de la dame du canton Jetté. J'attends de vous un rapport sérieux, précis, qui pourra m'être une lumière et un guide.

      À ces fins que le Seigneur vous éclaire, qu'il vous bénisse, qu'il vous accorde parfaite santé, ainsi qu'à vos paroissiens qu'il gardera dans la santé et la vie, les protégeant ainsi contre les atteintes de la grippe.

Votre tout dévoué en N.-S.

(Signé) +André-Albert , Év. De St-Germain de Rimouski


Évêché de Rimouski, le 27 novembre 1918.

      Au Révérend Monsieur Z.-O. Gendron,

      Curé de St-Léon-le-Grand

Mon cher Monsieur,

      Vous avez été d'une grande promptitude à me donner les renseignements que je vous demandais sur l'avenir d'une paroisse dans le canton Jetté, dont une dame de ce canton était venue me parler.

      Vos renseignements sont nombreux, ils sont précis, ils sont ensuite autorisés, je n'en doute pas, par la connaissance générale que vous avez déjè des lieux. C'est pourquoi je m'empresse de vous en remercier cordialement. Avec le temps et dans le temps ils ne pourront pas manquer de m'être très utiles.

      En attendant je laisse à votre pleine direction de visiter, à titre de missionnaire, cette localité, une ou deux fois pendant l'hiver et autant l'été, lorsque les chemins seront praticables, ce qui ne peut tarder entre St-Léon et Albertville, dites-vous.

      Ainsi ne perdons pas le souvenir de cette oeuvre importante à faire, de la création d'une nouvelle paroisse dans le canton Jetté, avec le temps, la grâce de Dieu, notre dévouement prudent et éclairé, discret et sage, le soin que nous porterons à notre santé. Au service de ces rares visites religieuses sans précipitation, dans le temps et les circonstances les plus favorables, alors je permettrai qu'on célèbre dans ces lieux la sainte messe suivant toutes les règles de la liturgie sacrée.

      Dans ces sentiments et ces dispositions je vous réitère mes meilleurs souhaits de toutes sortes pour le bien de votre santé, celui de votre peuple, je porte toujours avec ferveur votre souvenir dans vos prières, je me recommande également à vos fervents suffrages et je demeure,

      Mon cher Monsieur,

      Votre tout dévoué en N,-S.,

(Signé) + André-Albert, Év. De St-Germain de Rimouski 


Évêché de Rimouski, le 2 décembre 1918.

      Au Révérend Monsieur Z.-O Gendron,

      Curé de St-Léon-le-Grand.

Mon cher Monsieur,

      En réponse à votre lettre du 30 novembre, je m'empresse de vous dire que je mettrai à votre disposition une pierre d'autel, pour le service de la mission du canton Jetté. J'y ai ajouté quelques objets que j'ai pu détacher de notre oeuvre des tabernacles pour les mettre à la disposition de cette même mission.

      C'est tout ce que je puis faire pour le moment, et je le fais de tout coeur. Vous recevrez cela dans un prochain envoi qui vous sera fait de l'Évêché.

      Dans ces sentiments et ces dispositions, je vous bénis avec l'oeuvre de votre future mission du canton Jetté, je vous souhaite parfaite santé, ainsi qu'à tout votre peuple, je prie le Seigneur de vous compler tous de la multitudes de ses biens et je demeure,

      Mon cher Monsieur,

      Votre tout dévoué en N.-S.,

(Signé) +André-Albert, Év. De Saint-Germain de Rimouski.


Pour mission du canton Jetté,

      2 crémaux pour baptême, 1 aube, 1 cordon, 1 surplis, 4 manuterges, 1 serviette, 2 amicts, 1 ornement blanc, 1 ornement noir, 1 étoile violet et blanche.

      Ces ornements sont expédiés aujourd'hui par colis postal. Demain ou au plus tôt possible, la pierre d'autel sera envoyée par express, jusqu'à Humqui.

      Votre tout dévoué en N.-S.,

      (Sigature)

      Rimouski, 2 déc. 1918


      Département des Terres et Forêts de la province de Québec

      11123/23.

Québec, le 12 juin 1923.

      Monsieur l'abbé Z.-O. Gendron

      Curé de St-Léon-le-Grand,

      (Matane).

Monsieur l'abbé,             

Re: ½ sud-est de 25/3 Jetté

      Pour faire suite à la correspondance échangée avec le Département de la colonisation, j'ai l'honneur de vous informer que des lettres-patentes sont en voie de préparation en faveur de la Corporation Épiscopale Catholique romaine de St-Germain de Rimouski pour le bénifice de la Mission du canton de Jetté et vous seront transmises sous peu.

      J'ai l'honneur d'être, Monsieur l'abbé,

      Votre obéissant serviteur,

      (Signé) Elz. Miville Dechêne,

      sous-ministre.


L'âme de missionnaire du curé Zénon Gendron voulait ouvrir une autre mission dans les environs de St-Léon-le-Grand. Au nord-ouest de cette paroisse, le canton Nemtayé est en plein développement. Ce territoire est en partie sous juridiction des paroisses de Val-Brillant, Amqui et Saint-Léon. Encore une fois, le curé embarque dans ce projet avec la ferme intention de le mener à terme, mais les embûches se succèderont les unes après les autres pour contrecarrer ses ambitions. Ce qui amènera le missionnaire-colonisateur à éléver le ton contre ceux qui lui mettent des bâtons dans les roues.

Nombreuses sont les occasions de désaccord entre les curés des parroisses concernées. Rappelons d'abord que les colons nouvellement arrivés au canton Nemtayé viennent pour la plupart de ces trois paroisses et que chacune d'elles tient à ses acquits sur tout son territoire et ses résidents. La discorde éclate au grand jour entre les protagonistes. Mgr Georges Courchesne, évêque du diocèse de Rimouski, doit intervenir à plusieurs reprises pour ramener l'ordre et la bonne entente.

Après d'âpres discussions sur les délimitations de la nouvelle paroisse, Mgr Courchesne proclame l'érection de celle-ci le 30 novembre 1930 sous le vocable de Sainte-Irène et nomme le curé Zénon O. Gendron comme desservant jusqu'à la nomination d'un prêtre régulier.


Georges Courchesne

Par la grâce de Dieu et du Siège Apostolique, Évêque de Saint-Germain de Rimouski.

      À tous ceux qui les présentes verront, savoir faisons que, vu la requête, en date du trois mars mil neuf cent trente, à Nous présentée par les habitants francs-tenanciers d'une partie ci-après désignée du territoire du canton Nemtayé, dans le comté de Matapédia, à l'effet d'obtenir que Nous érigions le dit territoire en mission canonique, lui donnant le titulaire et les limites qui Nous plaira.

      Considérant qu'il importe de faire droit à cette requête: 

      En conséquence. pour la plus grande gloire de Dieu  et le plus grand bien spirituel et temporel des habitants de ce territoire, après avoir invoqué les lumières de l'Esprit Saint, de l'avis de Nos vénérables Frères les chanoines de Notre église cathédrale, Nous avons érigé et par les pr.sentes Nous érigerons en titre de mission, sous le vocable de Sainte-Irène, vierge et martyre, dont la fête se célèbre le 20 octobre, suivant le martyrologue romain, la susdite partie du territoire de canton Nemtayé, désignée comme suit, à savoir: les lots Nos de 11 à 50 inclusivement dans le rang I, les lots Nos F à 50 dans le rang II, les lots  Nos G à 50 inclusivement dans les rangs III, IV, V et VI.

       Nous ordonnons de plus que le culte soit temporairement donné dans l'école-chapelle que les autorités scolaires et civiles doivent ériger conjointement sur le lot No 10 du rang IV , au fronteau qui sépare les IIIe et IVe rangs.

      Les fidèle de la mission  de Sainte-Irène seront desservis à titre ordinaire par Monsieur le curé de la paroisse de St-Léon le Grandjusqu'à dispositions contraires de l'Ordinaire. Ils seront tenus, en conscience et sous peine de refus des sacrements, de payer fidèlement au curé susdit, chaque année, la dîme ou la capitation, suivant la loi générale de l'Église, et de la manière indiquée dans l'Ordonnance épiscopale en date du 30 novembre 1908.

      Sera Notre présent décret lu et publié au prône de la messe du jour où se fera le premier office public dans la mission de Sainte-Irène, puis inscrit dans toute sa teneur au cahier des archives de la dite mission.

      Donné à Saint-Germain de Rimouski, sous Notre seing, le sceau du diocèse et le contre-seing du chancelier diocésain, le vingtième jour de novembre mil neuf cent trente.

      (Signé) + Georges, év. De St-Germain de Rimouski

      par mandement de Monseigneur

      (Signé) S.E. Chénard, Ptre Chancelier


      Nous, prêtre soussigné, vicaire à Saint-Léon le Grand, certifions que le décret ci-contre de Monseigneur l'évêque de Rimouski, érigeant en mission canonique partie du canton Nemtayé, a été lu et publié par nous, au prône de la messe de mission, le vingt-septième jour du mois de novembre, mil neuf cent trente.

      En foi de quoi, nous avons signé le présent certificat à Saint-Léon le Grand, le vingt-huitième jour du mois de novembre, mil neuf cent trente.

      (Signé) Albert Lamontagne, ptre vicaire.


Les ennuis ne font que commencer pour le bon curé Gendron. L'abbé Émile Sirois, ancien vicaire à Amqui en 1902 et en convalescence depuis plusieurs années dans cette paroisse, convoite la nouvelle cure de Sainte-Irène et parcourt les rangs du village pour y faire cabale en vue de la nomination prochaine d'un curé régulier. Ce qui amène la discorde entre les paroissiens, au grand dam du curé Gendron. Mgr Courchesne doit intervenir encore une fois pour ramener l'ordre:


Évêché de Rimouski, le 15 février 1931

      Monsieur le curé de Saint-Léon-le-Grand (Matapédia)

Cher Monsieur le curé,

      J'aurais voulu vous voir l'autre jour en passant par Amqui , où j'ai devancé ma visite pour pouvoir descendre aux funérailles de Mgr Léonard. Mais j'ai trouvé l'atmosphère peu favorable à une rencontre, et j'ai pris le parti de ne pas vous faire téléphoner.

      Il faudrait pourtant arriver à une action commune dans cette organisation de la colonie de Nemtayé. Je crois bien que ce sera difficile, les points de vue étant trop divergents. Mais il est une chose qui est réglée, c'est que vous avez la charge de la mission. Une requête, probablement suggérée par quelqu'un, m'est parvenue, qui demande le retour de la mission aux main de M. Sirois. Or cela est impossible, les animosités seraient trop grandes. Le seul grief invoqué, c'est que l'on n'y a pas le service dominical, et que l'on a qu'un service mensuel sur semaine. Vous serait-il possible de remédier à cela? Je sais que la présence à S.-Léon, à cause du chant, à cause aussi des fatigues du dimanche. D'un côté, il faut apprivoiser ces gens-là et les accoutumer à la messe de chaque dimanche. Puis-je insister pour vous prier de les reconquérir, malgré l'ingratitude de leurs procédés? Et pour cela , de leur laisser au moins prévoir qu'avant longtemps vous leur donnerez un service plus fréquent et dominical ? Aussi longtemps qu'il y aura ce prétexte à une plainte, on s'en servira pour attiser le mécontentement.

      Mon cher ami, j'ai bien conscience d'être désagréable dans la démarche que je fais et d'être une cause de peine pour vous. Si cela peut vous consoler, dites-vous que j'en reçois bien d'autres qui ne font de peine qu'à moi. J'estime que c'est le lot de notre vie sacerdotale, sans quoi nous ne serions pas à la suite du Maitre.

      Vous savez en quelle estime je vous tiens. Je serais désolé si cette lettre avait l'air d'être un blâme. Je cherche le moyen d'aider votre région à sortir du malaise et de la division. Avant d'obtenir le retour à la confiance réciproque entre les Curés voisins, je vois bien qu'il va falloir faire disparaître les prétextes à la critique de votre côté. Et c'est pourquoi je vous écris. J'ai vu, l'autre jour, qu'il m'était inutile de tenter une démarche semblable dans le milieu où j'étais; on y a l'air irréductible. Il faudra donc que le plus sage m'aide à apaiser l'enfantine jalousie ou hostilité qui fait que l'on y est incapablede passer du sensible au rationnel.

      Que le Bon Dieu ait pitié de nous et nous infuse de Sa charité dans chacun des coeurs de prêtres. Sinon, nous allons indéfiniment scandaliser nos fidèles en leur donnant le spectaclede la plus grave forme d'immoralité, qui est le manque de charité pour le prochain. Comment fonder une colonie chrétienne dans de telles conditions ?

      Je vous bénis et vous embrasse. J'ai confiance en vous; vous êtes capable de m'aider à trouver une solution conforme à l'amour de Dieu et des âmes. Pour le moment nous sommes mal engagés. Il faut sortir de cette impasse.

      Bien à vous avec amitié en N. S.

      (Signé) + Georges, év. de Rimouski


Le curé Gendron a à coeur le bien-être de ses ouailles. En 1930, on est en pleine crise, les marchés du bois se sont effondrés, amenant la misère dans la jeune colonie. Il se débat comme un diable dans l'eau bénite pour obtenir de l'aide pour ses colons. Malgré les demandes multiples acheminées dans les divers ministères, les secours arrivent au compte-gouttes. Jos Dufour, alors député du comté de Matapédia, doit subir les foudres du curé, lequel n'apprécie pas la lenteur du député pour répondre à ses demandes, surtout celles touchant la construction des chemins, préalable à l'ouverture de nouveaux rangs. Comme vous le constatez dans cette missive envoyée au député le 21 novembre 1930, le curé Gendron n'y va pas de main morte pour le sermonner, dans le but de faire avancer le dossier des chemins.


Saint-Léon-le-Grand, 21 novembre, 1930

      À Monsieur Jos. Dufour, M.A.L.

      Député de Matapédia,

      Saint-Moïse

Cher Monsieur le député,

Re: Chemins dans le canton Nemtayé  

      Depuis votre lettre du 10 courant, m'informant de votre venue prochaine avec l'ingénieur Barrette, je continue d'attendre et probablement en vain... Il y a bientôt un mois et demi que nous vous avons soumis, l'évêque et moi, à Québec, le mémoire vous exposant la situation précaire des colons de Nemtayé. Je vous suggérais de donner les chemins de Nemtayé à un contracteur, après soumission, de manière à enlever le bois cet automne et durant l'hiver pour continuer à l'étéla confection des chemins. Il serait urgent que d'ici deux ou trois ans, au plus, tous les chemins de Nemtayé soient terminés. Nous aurions tout de suite une belle paroisse, et joliment bien peuplée. Et pour cet automne, le Département provicial aurait l'aide du Fédéral. Le programme me parait aussi sensé que pratique... 

      Et pourtant, si j'écoute les rumeurs et les nouvelles qui m'arrivent de plusieurs endroits, le Département aurait décidé d'abandonner les gens à leur malheureux sort, et ainsi de laisser mourrir, ou mieux de tuer une de nos plus intéressante colonie!

      Viendra-t-on encore nous parler de colonisation ?...

      Mon Dieu! tant pis. Tant pis pour les pauvres gens qui méritaient plus d'équité, et tant pis pour ceux qui prennent la responsabilité d'une aussi lâche manoeuvre...

      Pour moi,  je crois avoir fait mon devoir: je veux tout de suite dégager ma responsabilité, en attendant de le faire publiquement, en temps opportun.

      Croyez-moi toujours, Monsieur le Député

      Votre humble et sincère ami et serviteur,

      (Signé) Z. O. Gendron, prêtre


Malgré tous les efforts déployés, la division persiste entre les paroissiens, une partie d'entre eux demandent le retour de l'abbé Émile Sirois. Le curé Gendron ne parvient pas à ramener la paix dans la paroisse de Sainte-Irène. Tout cela affecte sa santé, au point tel que le 27 novembre 1931, il fait parvenir à Mgr Georges Courchesne sa lettre de démission comme desservant de la jeune colonie:


27 novembre 1931.

      À son Excellence,

      Monseigneur Georges Courchesne,

      Évêque de Rimouski.

Monseigneur,

      Notre situation dans la mission de Nemtayé est devenue telle par suite des menées de monsieur Sirois, qu'il nous faut l'abandonner. Je me demande même si, au fond, ce n'est pas cela que vous avez voulu...

      En tout cas, les gens de la mission doivent avoir l'impression que vous avez nommé là deux desservants avec instruction à chacun de lutter contre l'autre. Pour ma part, ce n,est pas cela que j'avais compris, et monsieur Lamontagne et moi avons la conscience d'avoir agi tout autrement. Une enquête à ce sujet nous agréerait...

      Vous serez un jour, et trop tard, le témoin attristé d'autres scandales de monsieur Sirois, mais de ces questions je puis me désintéresser.

      J'ai été trop naïf en cette affaire, et je doute que vous trouviez un autre prêtre en votre diocèse pour pousser aussi loin la patience.

      Je n'ai jamais compris le ministère dans de pareilles circonstances. Je n'entreprendrai jamais une lutte de diplomatie, ou autre, au détriment des âmes. Notre ministère étant devenu inutile, et avant qu'il soit nuisible, nous abandonnons la situation.

      De votre Excellence, Monseigneur,

      Le fils humblement soumis et dévoué,

      (Signé) Z. O. Gendron, Prêtre.


La santé du curé Gendron se détériore davantage et il quitte la cure de Saint-Léon-le-Grand pour se faire soigner à l'hôpital Hôtel-Dieu de Québec où il meurt le 31 juillet 1932.

Pour conclure, on peut affirmer que le curé Zénon O. Gendron a tout donné pour le bien-être de ses paroissiens, que ce soit du point de vue religieux ou du temporel. Doté d'un caractère bouillant, il défendit avec coeur ses colons bien-aimés. À l'image du curé Labelle des Belles Histoires des pays d'En-Haut.

 

Bibliographie:

Saint-Léon-le-Grand, 1907-1982

Cent ans de vie religieuse, Rose-Marie Brochu-Fournier

Sainte-Irène, 1933-1983

Album souvenir, 50e anniversaire, Lac-Humqui

Archives, presbytère Saint-Léon-le-Grand

 

Ce texte a été publié dans la revue "Chroniques Matapédiennes" de la Société d'Histoire et de Généalogie de la Matapédia, mai 2007, volume 18, noméro 1

    

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