Biographie



Biographie 

Bonne fête Canada

L'historien Gervais Carpin a publié en 1995 une étude sur l'ethnonyme Canada. Le titre de son livre est Histoire d'un mot. Est-ce que le Canada est juste un mot ou un peuple? On constate que le peuple derrière le mot Canadien change constamment au fil des temps et que c'est toujours le nouvel arrivant qui se nommera Canadien.

Si on croit aux récits de Cartier les premiers Canadiens à se donner ce nom étaient des Iroquois laurentiens. Disparus dans les temps de Champlain, les Canadiens étaient maintenant une tribu dans l'estuaire du St-Laurent, probablement appartenant aux Mic Mac. Par la suite, des habitants de la Nouvelle-France se nommaient Canadiens. À partir de 1867, ils devenaient Canadiens français et cédaient la place aux Britanniques qui devenaient des Canadiens. Depuis Pierre E. Trudeau, le Canada est multiculturel. Qui vont être les Canadiens de demain?

Canada, juste un mot ou un peuple?

Notre pays s'appelle CANADA. Est-ce qu'un mot amérindien ou y avait-il jadis un peuple qui portait ce nom? Voici la version officielle du nom CANADA:

            «En 1535, deux jeunes Autochtones ont prononcé le mot huron-iroquois "Kanata", qui signifie "village" ou "établissement", pour indiquer à Jacques Cartier la direction de Stadacona (emplacement actuel de la ville de Québec). Jacques Cartier a employé le mot "Canada" pour désigner non seulement Stadacona, mais également tout le territoire dirigé par Donnacona, chef de Stadacona».

[Citation de la brochure Regard sur le Canada Édition 2004, Immigration Canada]

Cependant, si on veut bien écouter les premiers témoins, cette explication du mot CANADA n'est pas si simple. Nul part dans l'histoire officielle peut-on apprendre que ce mot pourrait avoir une autre signification, le nom d'un peuple qu'on appelait CANADIENS. En ce printemps 2007 il y a la belle exposition Les Iroquoiens du Saint-Laurent au musée de la Pointe-à-Callière à Montréal. Comme tous les autres historiens, l'historien Roland Tremblay prétend dans son livre qui accompagne l'exposition, que les Indiens que Jacques Cartier avait rencontrés avaient disparu lors de l'arrivée de Samuel de Champlain. Faute de nom, on appelle les Indiens de Jacques Cartier les Iroquois Laurentiens, des Stadaconiens ou selon la version la plus récente « les Iroquoiens du Saint-Laurent ».

Or, Jacques Cartier les nommait CANADIENS. Ceci n'est pas contesté par les historiens, mais on désigne les indiens de Hochelaga et de Stadacona comme des iroquois. Roland Tremblay nous apprend dans l'introduction de son livre que Hochelaga, situé sur l'île de Montréal et Stadaconé, situé où se trouve aujourd'hui Québec étaient leurs villages. Il précise que Canada [juste en aval et en amont de Québec]. C'est là que leurs représentants les plus orientaux habitaient, ceux que Cartier appelait Canadians (le A dans Canadians n'est pas une faute de frappe). Je n'ai jamais trouvé une raison et des preuves qui amènent les historiens à la conclure que les Canadiens étaient des Iroquois. C'est le secret des historiens. C'est peut-être à cause d'un petit dictionnaire qu'on trouve annexé au premier et deuxième voyage de Jacques Cartier. On y trouve des mots qui sont proche du Mohawk comme les chiffres deux, trois ou cinq, qui signifieraient selon Jacques Cartier Tigneny, Asche, Ouiscon et en mohawk Tekeni, Ahsen, Wisk (source www.native-languages.org). Mais la plus part des mots n'ont aucun lien entre eux. Les historiens ne mettent aucun commentaires sur les mots pour désigner la cannelle (Adhotathny) ou le girofle (Canonotha). Évidemment, ces épices n'existaient pas au Canada.

Lors de l'arrivée de Samuel de Champlain, on retrouvait des Algonquins dans la région de Québec et les Iroquois se trouvaient dans l'État de New York. Les Iroquois étaient des cultivateurs de maïs et restaient aussi longtemps que la terre leur fournissant une bonne récolte au même endroit, alors que les Algonquins étaient des chasseurs et des peuples nomades.

C'est exactement ce que Jacques Cartier nous apprend dans la réimpression de 1863 faite par Marie-Armand D'Avezac copié d'un seul exemplaire de 1545 que Avezac avait miraculeusement retrouvé en Angleterre (cette édition de 1545 n'était pas connu avant cette réimpression, on faisait référence à Ramusio, Venise 1556 et plus tard). On peut alors lire quant il parle des Indiens de Hochelaga:

"Tout cedict peuple ne s'adonne que à labourage & pescherie pour vivre: Car des biens de ce monde n'en font compte, parce qu'ilz n'en ont congnoissance, & qu'ilz ne bougent de leur pais, & ne sont ambulataires comme ceulx de Canada, & du Saguenay, nonobstant que lesdictz Canadiens leur soyent subgectz avec huict ou neuf autres peuples, qui sont sur ledict fleuve."

On trouve ici l'orthographe CANADIEN, deux autres fois le patronyme est écrit CANADIAN. On peut retenir que ces Canadiens sont fort différents des Indiens de Hochelaga, puisque ils ne labourent pas leur terre, qu'ils sont nomades et qu'il s'agit d'un peuple bien distinct.

Le vocabulaire cité plus haut se réfère d'ailleurs aux langage des pays & Royaulmes de Hochelaga & Canada, aultrement appellée par nous la nouvelle France. Vu la différence culturelle entre les Canadiens et ceux de Hochelaga il semble peu probable qu'ils parlaient la même langue.

Selon les historiens d'aujourd'hui les Canadiens n'était plus là lors de l'arrivée des Français au 17ième siècle. Pour Samuel de Champlain, Marc Lescarbot, Sagard et bien d'autres les Canadiens étaient toujours présents.

Le jésuite Paul le Jeune mentionne à plusieurs reprises des Canadiens et il fait, comme tous les autres, une distinction avec les autres peuples. Il décrit en détails comment lui et le père Charles l'Allemant baptisent des Amérindiens en précisant s'il s'agit des Algonquins. Ainsi, il arrive sur la page 27:

La septiesme personne que nous avons mis au nombre des enfans de Dieu, par le Sacrement de Baptesme, c'est la mere du petit Sauvage, que nous avions nommé bien-venu; elle s'appelloit en Sauvage Ouroutiou_caueu, & maintenant on l'appelle Marie, ce beau nom luy a esté donné, suivant le voeu qu'avoit fait autresfois le R. Pere Charles l'Allement, que la premiere Canadienne que nous baptizerions, porteroit le nom de la saincte Vierge.

Il écoute un Algonquin chanter pendant 4 heures avec un tambour. Il ne comprend pas les paroles et le trouve très supersticieux, ainsi à la page 66:

Ils joignent leurs tambours à leurs chants, ie demanday l'origine de ce tambour, le veillard me dit, que peut estre quelqu'un avoit eu en fonge qu'il estoit bon de s'en servir, & que delà l'usage s'en estoit ensuivy. Ie croirois plustost qu'ils auroient tiré cette superstition des peuples voisins, car on me dit (ie ne sçay s'il est vraiy) qu'ils imitent fort les Canadiens qui habitent vers Gaspé, peuple encore plus superstitieux que celuy-cy.


Les Canadiens ne sont alors pas des Algonquins. Ils sont leurs voisins puisqu'ils habitent de Québec vers Gaspé et ils sont très superstitieux. Est-ce que ces Canadiens pourraient être des Montagnais? Non - nous dit Samuel de Champlain qui les nomme comme peuple à des rares occasions mais ajoute un élément très intéressant.

 

En 1632  les voyages de Samuel de Champlain sont publiés en 5 volumes à Paris. Dans le premier volume, il donne un résumé de l'histoire des découvertes faites par des Français. Détail intéressant, il ignore le troisième voyage de Jacques Cartier. Il connaît cependant le voyage de Roberval en 1542. Mais pour Samuel de Champlain, Roberval s'égare quelque part dans les glaces du Labrador en 1541, pour trouver un passage par le nord. L'histoire du troisième voyage de Jacques Cartier est en réalité publiée seulement en 1843 à Québec. Il fallait traduire la narration de l'anglais puisqu'il n'existait, avant 1843, aucun écrit en français et que ce troisième voyage de Jacques Cartier était inconnu en France.

Les volumes 2, 3 et 4 de Samuel de Champlain sont réservés à sa propre gloire.

Dans le volume 5, il ajoute la Doctrine Chrétienne traduit par le jésuite Breboeuf, en langue CANADOIS. Champlain précise que ce n'est pas du Montagnais. Lisez-vous même:

Nous savons maintenant que les CANADIENS parlent une propre langue, qu'ils ne sont ni Algonquins, ni Montagnais, ni Iroquois, que les CANADIENS sont superstitieux et qu'ils vivent en aval de Québec. Est-ce que les Canadiens pourraient être des Mic-Mac? Non, disent Champlain et Marc Lescarbot qui les distinguent des Souriqois et Etchemins (Mic-Mac).

Heureusement, nous avons un témoin qui a visité ces mystérieux CANADIENS dans un de leur village à TADOUSSAC. Gabriel Sagard nous raconte:

Dans sa table de choses [expression qu'il utilise pour l'index] de l'œuvre du frère Gabriel Sagard (1632), « Le grand voyage du pays des Hurons, situé en l'Amérique vers la Mer douce, és derniers confins de la Nouvelle-France, dite Canada », il nous indique le terme « canadiens » et dit à la page 47 de son œuvre :

« À la rade de Tadoussac, au lieu appelé la Pointe-aux-Vaches, estoit dressé au haut du mont, un village de Canadiens, fortifie à la façon simple et ordinaire des Hurons, pour crainte de leurs ennemies. »

Il donne plusieurs détails sur ces Canadiens, il trouve leur nourriture « maussade et fort contre-cœur » préparé dans un « chaudron fort mal net ».

et à la page 195 :

« ... & voudraient qu'on leur donnast les choses toutes faictes, sans avoir la peine d'y aider seulement du bout du doigt; comme nos Canadiens qui ayment mieux se laisser mourir de faim, que de se donner de cultiver la terre, pour avoir du pain au temps de la nécessité. »

Alors, nos CANADIENS vivent dans des bourgades comme Jacques Cartier nous a raconté. Il semble qu'ils sont proches des Hurons. Il est connu, que des Hurons étaient des marchands et effectuaient des longs voyages. Plus tard, la trace des Canadiens se perd. Mais elle se perd aussi chez les historiens qui ne font aucune allusion aux CANADIENS dont notre pays a tiré son nom. Quel mystère!

Pierre François-Xavier de Charlevoix - dont la région Charlevoix porte son nom - nous donne en 1744 une autre version assez spéciale de la signification « Canada » quand il parle de Jacques Cartier et de son premier voyage dans la Baie de Chaleur.

« Cette Baye est la même, que l'on trouve marquée dans quelques cartes sous le nom de Baye des Espagnols, & et une ancienne tradition porte que les Castillians y etoient entrés avant Cartier, & que n'y ayant aperçu aucune apparence de Mines, ils avoient prononcé plusieurs fois ces deux mots Aca Nada, "ici rien", que les Sauvages avoient répétés depuis ce temps-là aux François, ce qui avoit fait croire à ceux-ci que Canada étoit le nom du pays (a). »

Dans sa note de bas de page (a) il explique: « Quelques-uns dérivent ce nom du mot Iroquois "Kannata", qui se prononce Cannada, & signifie un amas de Cabannes

Johannes Eleuterio Waldispuhl, Montréal Juillet 2007
Texte revisé par Pierre Lagacé

Littérature utilisée:
Roland Tremblay, Les Iroquoiens du Saint-Laurent, Montréal 2006
M Avezac, réimpression du RÉCIT ET SUCCINCTE NARRATION DE LA NAVIGATION FAITE EN MDXXXV ET MDXXXVI PAR LE CAPITAINE JACQUES CARTIER AUX ILES DE CANADA, Paris 1863
Relation du Père Paul le Jeune, Paris 1635
Samuel de Champlain, Les voyages de la Nouvelle France occidentale, dicte CANADA, publié à Paris 1632
Gabriel Sagard, Le grand voyage du pays des Hurons, Paris 1632
Marc Lescarbot, Histoire de la Nouvelle France,  Paris : Adrian Perier, 1617
Pierre-François-Xavier de Charlevoix (1682-1761), Histoire et description générale de la Nouvelle France, Paris 1744
Marcel Trudel, Mythes et réalités dans l'histoire du Québec, Montréal 2001
Mardel Trudel, Biographie Jacques Cartier, Internet
Georges-Hébert Germain, Les coureurs des bois, Outremont, 2003

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